Le co working rural pour redynamiser les campagnes

Le co working rural pour redynamiser les campagnes

Publié le 27 août 2019

Le nombre d’espaces de coworking explose en France où l’on en recensait près de 1 800 en 2018 et sa croissance n’est pas près de faiblir dans les années à venir. L’État favorise cette émergence en appuyant notamment la création de 300 « fabriques de territoires », pensées comme des lieux de ressources pour des porteurs de projets environnants, et en généralisant le haut débit dans l’Hexagone d’ici à 2020 et le très haut débit d’ici 2022. La perspective est de ranimer ainsi les campagnes et les territoires péri-urbains. Plus qu’une tendance, le coworking est aujourd’hui en train de redéfinir le monde du travail aussi bien qu’il redynamise les espaces parfois délaissés du pays.

De plus en plus, l’appel de la campagne se fait ressentir sur les urbains. On estime que plus de 100.000 personnes, chaque année, franchissent le pas, et quittent les métropoles bondées pour le charme des petites rosées du matin, la promesse de l’air pur et d’une vie meilleure, loin du stress et de la pollution.

Longtemps pourtant, la campagne a subi avec fatalisme la désertification, a vu fuir ses médecins, ses écoles fermer. La peur de l’isolement, l’attraction forte exercée par les villes, l’échec relatif de la décentralisation, y ont compliqué le développement des activités et ont surtout découragé les bonnes volontés. Entre le rêve d’une vie meilleure, et le pragmatisme de bassins d’emplois plus dynamiques, rien ne semblait fait pour inverser la tendance, et le sentiment de décrochage s’est accentué pour ces territoires.

Le monde à portée de clics

Mais l’arrivée progressive de la fibre change la donne et connecte les deux mondes, désormais à portée de clics en quelques secondes : connecté à la messagerie instantanée de son smartphone, bénéficiant d’un réseau efficace en très haut débit, le travailleur « néo-rural » n’a plus rien à envier à l’urbain et peut échanger avec ses collaborateurs, ses clients, eux aussi installés aux quatre coins de France, voire au-delà. Tous les voyants sont donc au vert pour les citadins en quête de verdure. Car la transition numérique représente une véritable mutation structurelle, et ce monde qui change au gré de la technologie voit l’horizon des possibles s’élargir considérablement.

Il y a donc fort à parier que le tissu productif de ces territoires s’intensifiera au cours des prochaines années : assistera-t-on à un « exode urbain », qui rééquilibrera le gigantesque bouleversement causé par l’exode rural au cours du XXe siècle ? Peut-être pas dans l’immédiat, mais il n’est pas trop tôt pour parler de véritable « tendance ».

Déconnection rêvée mais connexion indispensable

Historiquement, les travailleurs indépendants ont toujours été les principaux candidats à la vie à la campagne, même si certains redoutaient de trop s’éloigner de leurs clients. L’émergence des technologies numériques permet aux indépendants de jouer un rôle prépondérant dans la formation d’écosystèmes ruraux. Avant de s’installer à la campagne, les gens ne demandent plus s’il y a le tout-à-l’égoût, mais s’il y a internet… La qualité des réseaux est devenue déterminante pour envisager une activité à la campagne : tel est le grand paradoxe de la déconnection rêvée grâce à la connexion indispensable…

Fuyant les loyers démesurés des zones urbaines à forte densité, les employeurs encouragent le télétravail, et ces employés décentralisés ainsi que les travailleurs indépendants privilégient souvent le coworking. Les espaces de coworking sont des lieux de travail ouverts à la location, proposant une connexion wifi performante et un environnement confortable, constitué selon les configurations, d’open spaces, de bureaux individualisés, de salles de réunions et d’espaces de détente, etc. Le coworking présente d’énormes avantages comme le fait de profiter des expériences de leurs « colocataires », de créer une véritable communauté, d’animer des ateliers et conférences thématiques, mais aussi de bénéficier d’espaces de travail plus vastes qu’à la ville et à moindre coût. Dans ce cercle vertueux, l’activité appelle l’activité, le territoire devient peu à peu plus attractif et aimante de nouveaux indépendants qui vont constituer un véritable écosystème.

Un enjeu politique

Bien sûr, attirer cette population représente toujours en enjeu important pour les pouvoirs politiques. Si le pari est de dynamiser une zone, la densité d’utilisateurs d’espaces de coworking est rarement suffisante au début, et la rentabilité de ces derniers s’envisage souvent à moyen terme. C’est la volonté de mener une vie sociale enrichissante et une vie personnelle épanouie qui attire les travailleurs dans les campagnes. Le doute sur la capacité d’y mener une vie professionnelle aussi créative et diversifiée que dans les villes est en passe, grâce à la transition numérique, de se lever. Dès lors, il n’est pas étonnant de voir les espaces de coworking fleurir à travers le territoire, notamment dans un rayon de deux heures autour des grands centres urbains. Qu’il s’agisse de télétravailleurs agissant pour le compte d’entreprises situées dans les grandes métropoles ou de travailleurs indépendants, ils mutualisent les moyens mais aussi les infrastructures, pour un espace de travail au confort rarement égalé dans les grandes villes.

Dans ce contexte, la fibre permet une interaction instantanée avec les clients ou les employeurs, et également de limiter les déplacements : à une réunion improductive de deux heures nécessitant autant de temps passé dans les transports, clients et entreprises préfèrent de plus en plus des visio au audioconférences plus efficaces et moins chronophages, avec la qualité du très haut-débit et la sensation de ne pas impacter l’environnement par l’utilisation quotidienne de moyens de transport en outre très coûteux. Toujours au rayon de la mutualisation des infrastructures, des entreprises font parfois le choix de délocaliser leurs séminaires ou importantes réunions dans des espaces de coworking suffisamment grands pour les accueillir et où sont déjà implantés un ou plusieurs de leurs télétravailleurs venus travailler en task force.

La greffe doit prendre

En 2018, l’État, souhaitant ranimer les campagnes et les territoires péri-urbains en misant sur le développement du très haut débit (THD), a décidé d’appuyer l’émergence de 300 « fabriques de territoires » en allouant une enveloppe de 110 millions d’euros sur trois ans. La promesse est alors de généraliser le haut débit sur tout le territoire d’ici à 2020 et le très haut débit d’ici 2022.

Mais il ne suffit pas d’investir et d’avoir une bonne connexion pour réussir l’expérience du coworking : les résidents de ces espaces, s’ils ont tous leur propre rythme et méthode de travail, doivent impérativement comprendre le territoire dans lequel ils sont appelés à évoluer, travailler en harmonie et s’adapter aux besoins locaux afin d’inscrire leur espace de coworking dans une dynamique locale motivante et payante. Dans le cas contraire, ce dernier, difficilement rentable au départ, aurait tôt fait de basculer dans le rouge. Pour chacune de ces aventures, qui sont autant de cas particuliers dans un mouvement jusque-là « tendance », ce n’est que lorsque l’espace aura définitivement réussi sa greffe sur un territoire que sa pérennité sera assurée.

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