Comment la police scientifique s’empare du numérique pour résoudre les affaires criminelles

Comment la police scientifique s’empare du numérique pour résoudre les affaires criminelles

Publié le 27 octobre 2021

Ces dernières années, l’essor du numérique a révolutionné le travail de la police scientifique. Modélisation des scènes de crime, recensement des indices, élaboration de portraits-robots… Le progrès technologique a donné lieu à de nouvelles méthodes efficaces dans la résolution d’affaires criminelles.

En 2019, 970 meurtres ont été commis en France. Alors que les chiffres semblaient se stabiliser depuis quelques années, on relève une hausse de 8% par rapport à 2018. Parallèlement, les chercheurs observent une augmentation des violences sexuelles (+12%) et des coups et blessures (+8%). Pour lutter contre la criminalité et mieux comprendre le déroulement des faits, les services de police et de gendarmerie s’emparent des nouvelles technologies.

Tandis que l’empreinte digitale était considérée comme la preuve par excellence pendant près d’un siècle, le numérique permet de mettre en évidence de nouveaux indices. Désormais, les scènes sont passées au crible par des scanners avant d’être reconstituées en trois dimensions. Par la suite, les spécialistes se concentrent sur les différents éléments qui pourraient constituer des preuves et aider à l’élaboration d’un portrait-robot du criminel.

La technologie et les sciences évoluent en permanence ! Et, si tous les crimes ne peuvent être résolus pour le moment, les récentes innovations numériques semblent être tout droit sorties des séries policières néo-futuristes !

 

 

Le laser scanner FARO pour numériser une scène de crime

Un crime peut se produire en quelques secondes à peine. Un laps de temps très court, mais amplement suffisant pour produire de nombreuses informations. Empreinte digitale, trace de pas, ongle, cheveu, fibre de vêtement, tache … Chaque élément de la scène de crime peut potentiellement aider à identifier le coupable ! L’intérêt est alors d’analyser minutieusement l’environnement pour ne rater aucun indice.

Pour mettre toutes les chances de leur côté, les techniciens de la police scientifique ont recours au laser scanner 3D. Grâce à cette technique, ils peuvent capturer un environnement complexe afin de le reproduire et de l’analyser numériquement. Le laser scanner FARO est l’un des outils les plus utilisés. À l’aide d’un laser placé sur une tête motorisée, l’appareil tourne à 360° et envoie des rayons dans toutes les directions. De cette manière, le laser scanner FARO génère un nuage de points permettant de numériser la scène sur ordinateur.

La précision de quelques millimètres permet de préserver la scène au maximum et d’établir des hypothèses sur le déroulement des faits. Les experts balistiques, par exemple, émettent des hypothèses sur les tirs d’armes à feu. D’autres spécialistes peuvent quant à eux examiner les formes des traces de sang, les impacts sur les surfaces, etc.

« Ce qui offre une véritable perception de l’espace, de lier entre elles les prises de vues sur le terrain pour ensuite se déplacer dans la scène de crime, comme dans un jeu vidéo. C’est l’outil qui manquait à la Police Technique et Scientifique (PTS) pour reconstituer les scènes de crimes, car on peut ainsi analyser les angles et les trajectoires de tirs ou encore développer la morphoanalyse des traces de sang. Cet instrument est au cœur de la technologie au service de l’opérationnel. » indique le Service National de Police Scientifique d’Ecully.

Non-invasive, cette technique délivre aux spécialistes, des données ultra précises en un temps records ! Grâce à la vitesse de la fibre, la numérisation de la scène ne prend que quelques secondes ! En plus de la qualité des informations délivrées, c’est un gain de temps considérable pour les équipes scientifiques, qui peuvent se consacrer à l’enquête ainsi qu’à l’analyse des éléments relevés.

Crim’In, l’application pour comprendre et analyser la scène

Parmi les nombreux outils numériques utilisés par la police scientifique, l’un d’entre eux attire l’attention du FBI. Il s’agit de Crim’In, une application informatique conçue pour recueillir les données de la scène de crime. L’outil fut présenté en 2017 au Milipol Paris, premier salon au monde des équipements de sécurité militaire et de sécurité intérieure, avant d’être employé par les services de police.

Développée avec l’aide de la police scientifique d’Ecully, Crim’In allège considérablement l’élaboration des rapports. En effet, l’application remplace la traditionnelle prise de notes grâce à un outil multifonctions centralisant les informations. À l’aide d’une tablette, les policiers et gendarmes ont la possibilité de lister les prélèvements, prendre des photos, créer des plans tirés d’un appareil connecté (scanner laser, drone, etc.)… “C’est vraiment parti d’un besoin du terrain. On voulait y répondre”, indique Adrien Sivignon, enquêteur à la Police Technique et Scientifique.

Une fois ces tâches terminées, les professionnels partagent ces éléments aux autres membres de leur équipe. Ces derniers sont stockés sur des serveurs internes, où les gendarmes et policiers y ont facilement accès grâce à une connexion Très Haut Débit.
L’avantage de Crim’in est qu’elle permet de concentrer toutes les pièces de l’enquête en un seul rapport uniformisé. « Cela facilite la tâche, permet de gagner en efficacité et en temps, et évite les erreurs lors de la saisie informatique. Une technologie qui révolutionne nos pratiques professionnelles. Le centre de formation de la Police Technique et Scientifique a revu ses formations pour les adapter à ce genre de nouveaux outils. ».

Au total, 12 000 tablettes comportant l’application ont été livrées la semaine suivant l’édition 2017 du salon Milipol. Déjà utilisée dans les commissariats, les services régionaux de police judiciaire et les offices centraux, Crim’in connait un grand succès auprès des professionnels qui l’ont adoptée. À l’instar d’autres équipements connectés, l’outil continue son expansion dans les structures de police et de gendarmerie, où la fibre optique assure le fonctionnement et l’interconnexion des appareils.

 

 

Le phénotypage et l’intelligence artificielle pour élaborer des portraits-robots

À l’exception des jumeaux, chacun d’entre nous possède des caractéristiques génétiques uniques, ce qui en fait une preuve quasiment irréfutable ! Il faut savoir que, partout où nous allons, nous laissons des traces d’ADN. Un minuscule morceau de peau ou de cheveux, ou encore des postillons de salive suffisent pour retrouver le code génétique d’un individu. L’analyse ADN est donc une des méthodes les plus employées par la police scientifique pour identifier l’auteur d’un crime.

En France, la pratique des tests ADN n’est en œuvre que depuis 1980. Grace à la numérisation des fichiers de police et de gendarmerie, un profil peut rapidement être identifié. Néanmoins, il n’est pas possible de comparer l’ADN de tout le monde. En effet, les spécialistes ne sont autorisés qu’à comparer les échantillons du fichier national automatisé des empreintes génétiques (le FNAEG), dans lequel figure les données des personnes condamnées. En d’autres termes, l’ADN ne permet pas toujours d’aboutir à un suspect.

Mais une technique pourrait bien révéler de nouvelles pistes pour les enquêteurs. Le phénotypage, dressage d’un caractère observable chez un organisme vivant, permettrait de préciser certaines caractéristiques du criminel : âge, couleur de la peau, des yeux et des cheveux, origines ethniques, etc.

Encore interdite en France, cette technique est déjà largement employée aux Etats-Unis et dans certains pays européens comme le Royaume-Uni et les Pays-Bas. A l’aide des nouvelles technologies, la prédiction du phénotype permet d’établir un profil type pour aider les enquêteurs à identifier le suspect. Une fois le séquençage ADN effectué, une intelligence artificielle génère des portraits-robots pour maximiser les chances de retrouver l’individu ayant laissé des traces ADN sur les lieux du crime.

 

 

Le numérique constitue une aide particulièrement précieuse pour la police scientifique. Si les pinceaux et la poudre dactyloscopique sont toujours employées, la fibre optique a permis de décupler les objets connectés et l’usage de l’intelligence artificielle au sein des affaires criminelles. Analyse de l’environnement, prélèvement des indices, partage des données, élaboration de portraits-robots… Pour chaque étape de l’enquête, des dispositifs numériques viennent compléter les méthodes de recherches traditionnelles. Demain, le digital nous permettra d’aller bien plus loin ! Toujours en expérimentation, des intelligences artificielles seraient capables de détecter les mensonges à travers l’analyse de micro-expressions du visage. Et, qui sait, peut-être tiendra-t-on un jour le moyen d’arrêter tous les criminels !

 

Charlotte B.

 

 

 

 

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