L’intelligence artificielle s’immisce dans le travail des parfumeurs

L’intelligence artificielle s’immisce dans le travail des parfumeurs

Publié le 4 novembre 2021

De tous nos sens, l’odorat est certainement le plus mystérieux. Pourtant, nous sommes capables de distinguer des milliards d’odeurs, marqueurs d’identité, de souvenir et d’émotion. Pour pousser l’aromatique toujours plus loin, certains parfumeurs font appel à l’intelligence artificielle (IA). Enquête sur l’étrange mariage du parfum et du Big Data ! 

Parfum et intelligence artificielle ? Un curieux mélange, me direz-vous. D’un côté, un savoir-faire artisanal unique. De l’autre, le digital et ses machines et ses innombrables algorithmes. Alors, est-on sur le point de révolutionner le secteur de la parfumerie ?

 

Faciliter le travail des nez et parfumeurs

Depuis des siècles, le savoir-faire du parfum est estimé. Les nez, véritables chefs d’orchestre des notes olfactives, disposent d’une sensibilité qu’aucune machine ne pourra jamais remplacer. « Les fragrances s’élaborent à partir d’émotions. Le parfum est un tel activateur de mémoire. Cette dimension-là, la machine ne pourra jamais la comprendre. » confie Claire Viola, vice-présidente de la stratégie digitale chez Symrise, au journal Le Temps.

Pourtant, l’intelligence artificielle est capable d’offrir de nouvelles opportunités pour les créateurs de senteurs. « Philyra » développé par Symrise, l’un des leaders mondiaux dans la composition de parfums, en est la preuve. L’outil numérique est capable d’analyser jusqu’à 1,9 millions de formules existantes, des milliers de matières premières ainsi que des données liées au ciblage marketing (parfum pour homme ou femme, région géographique…).

Ces fonctionnalités lui permettent de venir rapidement à bout d’éventuelles contraintes dans le processus de création. Le plus souvent, il s’agit d’éviter les notes olfactives à faible succès pour une certaine clientèle. Mais l’intelligence artificielle tient aussi compte des législations internationales, de manière à exclure des composants interdits. Des alternatives peuvent alors être proposées par l’algorithme afin de s’adapter aux mieux aux consommateurs ciblés.

L’outil peut même ajouter des paramètres s’il estime qu’ils sont pertinents ! En s’appuyant sur le principe du deep learning (apprentissage automatique), ce dernier cerne les besoins en envies des parfumeurs. Comment ? En pratiquant, l’algorithme assimile de nouvelles connaissances à travers un réseau de neurones artificielles, comme le ferait un cerveau humain. De cette manière, le système apprend de sa propre expérience pour être capable de comprendre la demande qui lui a été faite.

 

Grâce à ses multiples fonctionnalités, Philyra réduit considérablement le temps de création d’un produit. En seulement quatre mois, l’outil a généré près de 180 formulations ! Une nouvelle technologie performante mais aussi très gourmande en débit. Pour intégrer une telle masse de données, la fibre optique reste indispensable. Sa large bande passante et sa vitesse de transmission garantissent le fonctionnement et le développement de cette intelligence artificielle.

Aides précieuses dans la confection de senteurs, les outils tels que Philyra représentent une belle opportunité pour les professionnels. Ils assistent les professionnels afin de dépasser les contraintes de fabrication pour ne laisser place qu’à la créativité !

 

Agiter les idées des créateurs de parfums

Chaque année, on estime que 1 000 nouveaux parfums sont commercialisés. Un marché très concurrentiel, où les maisons de parfum ont vocation à se différencier des innombrables lancements. L’IA intervient alors en tant qu’agitateur d’idées !

Jean-Christophe Hérault, parfumeur de renom (Balenciaga, Thierry Mugler, Karl Lagarfeld ou Chopard) décrit le processus de création : « Pour créer une bonne formule, il faut à la fois une grande connaissance de l’histoire de la parfumerie, une sensibilité, une vision, de la conviction, mais aussi parfois l’intervention de l’inconscient et du hasard. ». Un point de vue plus abstrait que pourrait apporter l’intelligence afin de compléter le savoir-faire du parfumeur. Sans biais personnels ni culturels, les algorithmes parviennent à restituer des résultats inattendus !

« Le plus souvent, je l’utilise pour découvrir des combinaisons rares de matières premières uniques ou quand je suis dans une impasse avec un parfum. Philyra trouve des solutions intrigantes basées sur des millions de formules dans notre base de données. » explique David Apel, parfumeur senior.

Grâce à la technologie, créer de nouveaux arômes deviendrait presque un jeu d’enfant. Conçu comme un système interactif, l’outil Carto aide les professionnels de la Maison Givaudan à composer leur parfum selon une palette d’ingrédients. A la manière d’un chef d’orchestre, le nez choisit ses notes sur l’écran tactile et les manipule afin d’ajuster leur intensité. Il peut alors opter pour une sélection de quelques composants ou choisir de laisser entièrement faire Carto. De cette manière, le parfumeur peut découvrir de nouvelles combinaisons olfactives ou modifier une formulation déjà établie.

Mélange de technologie et de savoir-faire humain, Carto intègre aussi un robot d’échantillonnage pour réaliser et tester les mélanges. Aussitôt la composition choisie, la machine produit une petite quantité de parfum. Grâce à la rapidité de la fibre optique, les données sont instantanément assimilées, permettant de produire l’échantillon sur place et en temps réel. Il est alors possible d’évaluer l’odeur obtenue et de décider si celle-ci sera retenue ou non.

 

Développer la personnalisation des parfums

Avec l’avènement des réseaux sociaux et des commentaires sur les sites d’e-commerce, l’avis des consommateurs se fait de plus en plus entendre. Et si l’intelligence artificielle était aussi capable de répondre à leurs attentes ?

Les individus veulent un parfum qui leur ressemble, à leur goût. « On reçoit toujours plus de briefs de différentes zones géographiques, chacune avec ses exigences, ses législations. Un être humain ne peut pas gérer une telle masse de données. » relève Eric Saracchi, chef du département digital et information de Firmenich, entreprise suisse de création de fragrances et d’arômes.

Le numérique a, en effet, l’avantage de s’adapter rapidement au marché local. L’apport massif de données dans le processus de fabrication permet d’affiner les critères requis, de manière à créer un parfum qui répondra parfaitement aux désirs des consommateurs.

Et pourquoi pas un parfum personnalisé ? C’est le défi audacieux de Maxime Garcia-Janon, qui a élaboré Sillages, une entreprise de parfums sur-mesure. Chaque individu peut trouver la fragrance qui lui correspond en livrant ses goûts et envies via un court questionnaire en ligne. Un algorithme propose ensuite plusieurs combinaisons créées par les nez de Sillages. Une fois la formule validée par le client, celui-ci reçoit trois échantillons : un pour le parfum retenu et deux suggérés par l’intelligence artificielle. Le consommateur peut alors changer d’avis et renvoyer son colis pour échanger ou se faire rembourser gratuitement son parfum.

De plus en plus de professionnels du secteur de la parfumerie font appel à l’intelligence artificielle pour élaborer de nouvelles senteurs. Loin de remplacer le savoir-faire des nez, la technologie permet, au contraire, de faciliter leur travail en intégrant tous les éléments du cahier des charges : législation, préférences des prospects en fonction de leur sexe, âge ou culture…
Concernant la création, le digital permet d’apporter une vision nouvelle, sans biais personnel ou culturel qui pourrait influencer les choix des parfumeurs. En combinant des millions de données, les algorithmes sont capables d’élaborer des formules novatrices, que les nez pourront ensuite retravailler pour parvenir à la composition finale. Grâce au Très Haut Débit, certains appareils sont même capables de générer instantanément des échantillons. La puissance de la fibre fait parvenir les informations à la vitesse de la lumière, pour un service toujours plus rapide, même en cas d’usages gourmands en débit.
Enfin, l’IA ouvre la voie de la personnalisation. Il est désormais possible de paramétrer un parfum pour une cible en particulier, ou pour un seul et unique individu : il suffit de renseigner quelques critères pour qu’un algorithme oriente le choix d’un parfum.

Et qu’en sera-t-il demain ? L’odorat est loin de ne toucher que la parfumerie ! Dans un futur proche, l’intelligence artificielle sera peut-être capable d’associer des odeurs à des visuels. Imaginez retrouver le parfum de vos vacances en consultant votre album photo, ou être en immersion dans un célèbre tableau grâce à des émetteur olfactifs dans les musées. Le champ des possibles est immense et le numérique n’a pas fini de nous surprendre !

 

Charlotte B.

 

 

 

 

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