Le numérique a propulsé le marché de l’occasion

Le numérique a propulsé le marché de l’occasion

Publié le 15 février 2021

L’ère de la surconsommation arrive-t-elle à son terme ? Si la question reste encore en suspend, nos habitudes de consommation montrent, elles, de réels changements. Plusieurs facteurs, dont la croissance du numérique, nous poussent aujourd’hui à réutiliser des biens existants plutôt que du neuf ! Zoom sur le boom digital de l’occasion.

Fabriquer, utiliser, jeter. Alors que notre planète semble atteindre ses limites en termes de ressources (renouvelables ou non), le changement de nos habitudes est inévitable. Et s’il était possible de consommer autrement ?

Cette conscience environnementale a participé à l’émergence du marché de l’occasion. S’il existe depuis toujours, sa popularité est pourtant très récente. Autrefois adoptée par les chineurs et foyers aux revenus modestes, la seconde main séduit aujourd’hui des individus aux âges et catégories socio-professionnelles variés.

 

La seconde main : de nombreux avantages pour le consommateur

L’aspect écologique est l’une des causes qui a boosté le marché de l’occasion. Nous disposons de suffisamment d’objets inutilisés, alors pourquoi ne pas les réutiliser au lieu d’en produire d’autres ? Leur durée de vie pourrait ainsi être prolongée en évitant, par la même occasion, d’engendrer des déchets supplémentaires. D’autre part, les consommateurs trouvent un intérêt économique dans la seconde main. Les biens y sont jusqu’à 80% moins chers, sans pour autant comprendre des défauts ou marques d’usure.

Mais le plus gros facteur de croissance de ce marché réside dans son accessibilité. Avec le développement de l’e-commerce, l’occasion s’est naturellement démocratisée à travers ce canal de vente. Plus de choix, moins de contraintes horaires et géographiques, livraison… La vente en ligne facilite l’accès des produits aux acheteurs, tout en leur permettant de les comparer avec d’autres biens, qu’ils soient neufs ou non.

58% des Français ont déjà acheté un article d’occasion sur le net, contre 27% en 2007. Une belle progression accompagnée par la généralisation d’internet et le déploiement de la fibre optique. Avant le lancement du Plan France Très Haut Débit en 2013, les disparités de connexion internet sur le territoire privaient une partie de la population des usages du web. En ce sens, les Français résidant dans les zones les moins bien desservies n’avaient pas la possibilité de faire des achats réguliers sur internet.

L’application de cette mesure, à savoir le développement de la fibre optique en France avec priorité aux zones blanches, vise à gommer ces inégalités de connexion. Aujourd’hui, plus d’un foyer sur deux est éligible à la fibre et peut ainsi profiter de vendre ou acheter des biens d’occasion sur le net.

La crise sanitaire est elle aussi venue renforcer cette tendance. La remise en question de nos habitudes de consommation et l’augmentation du temps disponible ont poussé de nombreux individus à découvrir ou approfondir l’achat d’occasion sur le net. De plus, en raison de l’annulation des manifestations, internet a remplacé de manière temporaire les brocantes et marchés aux puces.

 

De nouvelles plateformes spécialisées

Le marché de l’occasion a le vent en poupe ! Bien que soutenu par le retour en force du vintage, celui-ci semble être bien plus qu’une simple tendance éphémère. En 2020, son chiffre d’affaires atteint les 8,1 millions d’euros, soit 1,2% du commerce de détail en France.

Le 7 février dernier, la célèbre plateforme Le Bon Coin enregistrait 20,4 millions de visites en une seule journée. « Un record historique, à l’approche de nos 15 ans, qui confirme que l’économie circulaire est désormais ancrée dans le quotidien des Français », déclare Antoine Jouteau, fondateur de l’entreprise, sur Twitter. Avec plus de 35 millions d’annonces en ligne, tout bien confondu, Le Bon Coin est d’ailleurs devenu leader sur le marché de l’automobile d’occasion.

Du côté des vêtements de seconde main, c’est Vinted, qui, en à peine quelques années, est devenu l’acteur de référence dans l’Hexagone. La start-up lituanienne connaît un véritable succès grâce à sa grande communauté et à la simplicité de l’application. Thomas Plantenga, PDG de Vinted, livre lors d’une conférence en octobre 2019 à Paris : « En un an, les transactions en France ont augmenté de 230%. Il y en a 2,2 chaque seconde pour un prix moyen par article de 15 euros. »

Le succès de ces plateformes pousse de nouvelles entreprises à se lancer sur le marché de l’occasion. Pour se démarquer d’avantage, celles-ci s’orientent vers une niche, comme Vestiaire Collective pour les articles de luxe, LinknSport pour le matériel sportif, Selency pour les meubles etc. L’un des avantages du web est qu’on y trouve de tout et qu’il est possible de cibler une catégorie d’acheteurs très précise. Il y a plus d’acheteurs potentiels comparé à une boutique physique.

Aussi, c’est en ciblant un secteur bien précis que s’est développée La Bourse aux Livres. Lancée en janvier 2020, cette start-up lilloise souhaite devenir la référence des librairies d’occasion en ligne, notamment grâce à son système d’estimation des ouvrages. Alexandre Taillandier, l’un des cocréateurs de l’entreprise, déplorait le peu de structuration du marché du livre, sans véritable tiers de confiance pour certifier les biens.

Depuis chez lui, l’utilisateur scanne le code barre du livre à vendre. L’application estime le bénéfice que celui-ci peut en tirer, en comprenant le prix, la logistique et le gain de temps, le tout en fonction des tendances du moments. Le vendeur reçoit par la suite un bordereau d’envoi afin que le colis puisse être acheminé à l’entrepôt de La Bourse aux Livres. La start-up réceptionne, vérifie l’ouvrage et se charge de le référencer sur l’application. Le livre est vendu dans près de 85% des cas, avec une commission reversée aux vendeurs.

En à peine un an, la société a enregistré une croissance fulgurante avec un chiffres d’affaires d’un million d’euros. Preuve que le marché est en pleine expansion et que de multitudes d’opportunités y sont à saisir.

 

Vers un changement de comportement des entreprises ?

Selon les études de Xerfi Precepta, le secteur de l’occasion devrait poursuivre sa croissance au moins jusqu’en 2023. D’autres experts pensent même que son chiffre d’affaires pourrait doubler en une dizaine d’année.

Certaines marques se sont intéressées de plus près à cette opportunité. Si pour le moment elles sont encore rares à s’y être initiées, l’occasion pourrait être une nouvelle corde à leur arc afin de proposer des produits vintages et de faire perdurer la marque dans le temps.
Décathlon fut l’un des précurseurs avec ses Trocathlons, suivi par le groupe Ïdkids (Jacadi, Obaïdi et Okaïdi). Les entreprises Petit Bateau et Cyrillus ont-elles aussi investi dans la seconde main via leur site internet et leur application mobile. Très engagées en faveur de l’environnement, la proposition d’un service de prêt à porter d’occasion s’inscrivait dans la suite logique de leur démarche.

 

En opposition à la consommation de masse, le marché de l’occasion se démarque par son éthique. Plus écologique et économique, il a déjà séduit la majorité des Français. Avec le déploiement de la fibre, acheter et vendre des biens n’a jamais été aussi simple et accessible par tous. Chaque année, de nouvelles plateformes spécialisées voient le jour sur le web afin d’augmenter l’offre des produits. Un marché opportun qui séduit aussi les grandes marques et les pousse à prendre part à cette économie vertueuse.

 

 

 

 

 

 

 

Charlotte B.

 

 

Partages